Notre tour d’horizon économique en pleine pandémie de COVID-19 montre que l’Europe est sur la voie d’une récession profonde, que les banques sont prêtes à assouplir les conditions de crédit pour les entreprises et que les marchés émergents sont vulnérables.

Par Simon Savsek, Joana Conde, Andrea Brasili, Matteo Ferrazzi, Aron Gereben, Laurent Maurin, Ricardo Santos et Patricia Wruuck

Le département Analyses économiques de la BEI produit un état des lieux bimensuel des retombées économiques de la pandémie de COVID-19 en Europe et dans le monde. Il couvre également les répercussions sur le système financier et l’évolution de la riposte économique. Nous résumons ici les principaux messages.

L’économie européenne est sur la voie d’une récession profonde

Le PIB a reculé de 3,5 % dans l’UE (3,8 % dans la zone euro) en glissement trimestriel (GT) au premier trimestre 2020. À l’échelle nationale, le PIB de la France a chuté de 5,8 % en GT, celui de l’Espagne de 5,2 % et celui de l’Italie de 4,7 %, soit les replis trimestriels les plus marqués depuis le début de cette série.

Les prévisions restent moroses pour le deuxième trimestre. Cette tendance est confirmée par la dégradation en avril de l’indicateur coïncident de la BEI, des indices « flash » des directeurs d’achat (PMI) et des indicateurs du climat des affaires et de la confiance des consommateurs en Europe de la Commission européenne, et par la détérioration accrue de la composante anticipations pour les trois prochains mois. Plus de 20 millions de travailleurs européens en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni, soit un cinquième de toute la population active, ont actuellement recours à des dispositifs d’activité partielle. Il est probable que nous observions finalement une reprise en forme de U.

>@Eurostat and ECON calculations.
Figure 1 : dynamiques du PIB – UE et zone euro ©Eurostat and ECON calculations.

Alors que la crise persiste et que l’impact sur les finances publiques et la performance économique continue de s’amplifier, nous pouvons nous attendre à de nouveaux replis dans les semaines à venir, y compris pour l’UE.

Les banques anticipent un assouplissement des critères d’octroi de crédit pour les entreprises

Les banques de la zone euro ont indiqué une augmentation de la demande de crédit des entreprises et l’assouplissement futur des critères d’octroi de crédit. Cette situation est le reflet du regain d’appétit des entreprises pour les liquidités ainsi que des nombreuses politiques introduites par les pouvoirs publics et les autorités réglementaires pour aider à alléger les conditions d’accès au crédit. Elle devrait se maintenir au deuxième trimestre, selon l’enquête d’avril de la BCE sur la distribution du crédit bancaire. Cela étant dit, on observe des disparités assez notables entre les pays. On peut aussi remarquer une dichotomie au niveau des conditions de financement des entreprises. Même si l’on constate une amélioration progressive des conditions de financement pour les plus grandes entreprises, qui peuvent aussi bénéficier du programme d’achat d’obligations de la BCE, les entreprises de plus petite dimension qui n’ont pas accès aux financements du marché sont toujours confrontées à des difficultés majeures sous l’impulsion également de caractéristiques sectorielles.

>@ECB, Bank Lending Survey
Figure 2 : évolution des critères d’octroi de prêts ou de lignes de crédit aux entreprises et facteurs qui y contribuent ©ECB, Bank Lending Survey

Les marchés émergents restent vulnérables

Concernant les marchés émergents, le sentiment du marché reste morose, tout en affichant une légère amélioration par rapport aux deux dernières semaines. De premiers signes de stabilisation ont été principalement attribuables aux annonces globalement positives entourant l’évolution de la pandémie de COVID-19 dans les principales économies avancées, les mesures de déconfinement progressif et des initiatives politiques supplémentaires. Cela étant dit, la vulnérabilité des marchés émergents aux retombées économiques de la pandémie et leur capacité de réponse restent une source d’inquiétudes, notamment concernant la soutenabilité de la dette.

Les responsables politiques de toute l’UE ont rapidement pris des mesures pour limiter l’impact de la pandémie

L’accent est mis sur le court terme, notamment avec des mesures visant à contenir la propagation du virus, à appuyer les soins médicaux et à maintenir les structures économiques. En complément des mesures nationales, les dirigeants de l’UE ont convenu d’une réponse commune totalisant 540 milliards d’euros pour lutter contre les conséquences de la pandémie, dont a) un instrument de soutien face à la crise au titre du Mécanisme européen de stabilité, b) un appui via le programme SURE, en aidant à renforcer les efforts des États membres visant à protéger l’emploi et c) un fonds de garantie de 25 milliards d’euros permettant à la Banque européenne d’investissement de soutenir les entreprises européennes, en particulier les PME, jusqu’à hauteur de 200 milliards d’euros.

En outre, la Commission européenne a été chargée de l’élaboration de plans pour un fonds de relance. Les discussions sont toujours très ouvertes en matière de stratégies de relance et de priorités politiques pour l’avenir. Dans ce contexte, nous examinons plus avant des domaines méritant une attention stratégique à moyen ou long terme, dont l’investissement public « intelligent » et « vert », la remise d’aplomb du marché du travail ou des stratégies adéquates pour, une fois la crise terminée, assainir les bilans, réduire les mesures de soutien d’urgence et faire face à l’évolution des préférences.