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    Solutions pour le développement : air, nourriture et éducation

    Pour un monde plus sûr, en meilleure santé et plus prospère, investissons dans l’éducation dans les pays en développement. Voici quelques solutions permettant de donner aux enfants les outils de la réussite à l’école et dans la vie.

    Dans la série "Development Solutions" 30 juillet 2020
     

    Écoutez

    Par Nihan Koseleci, Angel Diez Fraile et Jean-Luc Revéreault

    Selon le philosophe allemand Emmanuel Kant, ce n’est que par l’éducation que nous acquérons notre humanité. Nous sommes, nous dit Kant, ce que l’éducation fait de nous. Dès lors, l’éducation est essentielle, au même titre que l’air et la nourriture.

    Après tout, nous entamons notre éducation dès la naissance, tout comme nous respirons et nous mangeons. L’éducation nous donne les outils – économiques, sociaux, technologiques et éthiques – qui nous permettent d’améliorer notre vie.  Elle apporte de l’espoir aux familles les plus pauvres de la planète, en autonomisant les femmes et en favorisant la croissance économique.

    Malheureusement, plus de 120 millions d’enfants dans le monde ne finissent pas l’école primaire. En Afrique, la moitié des enfants ne vont pas à l’école du tout. Bon nombre d’entre eux vivent dans des pays pénalisés par des conflits et des catastrophes, ce qui rend leur accès à l’éducation d’autant plus difficile. Il est vital d’agir rapidement pour les scolariser.  

    Voici comment la Banque européenne d’investissement œuvre dans le monde entier pour apporter sa pierre à l’édifice. Au côté de la Commission européenne et d’autres partenaires, nous investissons là où les besoins en matière d’éducation sont les plus grands, en accompagnant les élèves de la maternelle à l’université.

    ©clu/ Getty Images

    Le développement commence à l’école

    Le terme éducation dérive du latin educare, qui signifie « faire sortir » ou « faire éclore ». Tout enfant a des capacités innées qui se développent pourvu qu’on les cultive de manière appropriée et qu’on leur laisse l’espace nécessaire.

    La vie et l’avenir d’un enfant sont déterminés par le développement du cerveau au cours de la petite enfance. L’apprentissage et la stimulation au cours de l’enfance constituent des conditions essentielles pour que les enfants atteignent leur plein potentiel.

    De même, l’éducation commence à la maison. Cependant, pour de nombreux enfants, l’environnement familial n’apporte ni bien-être ni sécurité. Pour ceux-là, les crèches sont un refuge indispensable. De manière générale, elles aident les enfants à mûrir. Des structures d’accueil préscolaires et de garde d’enfants de haute qualité sont essentielles pour contribuer à combler le fossé qui sépare les enfants issus de milieux socio-économiques différents.

    L’investissement dans la petite enfance est l’un des moyens les plus efficaces pour éradiquer la pauvreté, stimuler la croissance économique et renforcer l’égalité entre les hommes et les femmes. De fait, les mères sont plus susceptibles que les pères de mettre leur carrière entre parenthèses pour s’occuper de leurs enfants, ce qui peut encore creuser les inégalités de revenus entre hommes et femmes sur toute la durée de vie. Par conséquent, investir dans les structures de garde d’enfants équivaut aussi à investir dans l’égalité hommes-femmes.

    Investir dans les structures de garde d’enfants équivaut aussi à investir dans l’égalité hommes-femmes parce que ces structures permettent aux femmes de se libérer de la charge des enfants et ainsi de ne pas faire de pause dans leur carrière.
    ©Reptile8488/Getty Images

    Au Monténégro, la Banque européenne d’investissement soutient la rénovation et la construction de jardins d’enfants et d’établissements d’enseignement primaire et secondaire à Podgorica, la capitale, et dans neuf communes du pays. D’ici à 2030, plus de 8 000 élèves étudieront dans de meilleures conditions et plus de 2 000 fréquenteront de nouvelles écoles réparties sur tout le territoire du pays.

    Le prêt de la Banque européenne d’investissement vient en complément d’une assistance fournie par l’Union européenne au titre du programme conjoint UE-Monténégro pour l’emploi, l’éducation et la protection sociale. Le projet bénéficie également d’une subvention de 2,7 millions d’euros au titre de l’initiative Résilience économique, qui relève du plan de l’Union européenne visant à aider les pays de son voisinage méridional et des Balkans occidentaux.

    Une crise de l’apprentissage

    Fréquenter l’école ne signifie pas toujours apprendre. Des centaines de millions d’enfants scolarisés atteignent l’âge adulte sans même maîtriser les plus basiques des compétences que sont la lecture, l’écriture ou les calculs de base. Toutefois, tous les enfants ne sont pas touchés de la même manière par cette « crise de l’apprentissage » : les enfants les plus pauvres sont ceux qui en souffrent le plus.

    Pendant les confinements qui ont été décrétés en 2020 du fait du COVID-19, 90 % des enfants en âge scolaire de toute la planète ont passé plus de vingt semaines d’affilée loin des écoles, ce qui a encore aggravé cette crise de l’apprentissage :

    • le temps passé à l’école semblant façonner notre QI une fois adultes, les confinements peuvent se répercuter sur les compétences cognitives et sociales des élèves tout au long de leur vie ;
    • outre les possibilités perdues de poursuivre leur apprentissage, de nombreux enfants et étudiants oublient ce qu’ils savent déjà. Il sera encore plus difficile de parer à ce recul, qui, une fois encore, pourrait frapper de manière disproportionnée les enfants qui doivent apprendre et pratiquer leur seconde langue en dehors du milieu familial.

    Pour en savoir plus sur les effets du COVID-19 sur la réussite scolaire et l’apprentissage.

    Investir dans la formation des enseignants

    Lorsque la Serbie est entrée en confinement au mois de mars, le ministère de l’éducation, des sciences et du développement technologique a commencé à diffuser des programmes éducatifs à destination des élèves du primaire et du secondaire sur les chaînes de la télévision publique nationale.

    Heureusement, cela faisait plusieurs années que la Serbie s’employait à élaborer du contenu éducatif numérique, notamment du matériel pédagogique et des manuels interactifs accessibles en ligne. Toutefois, l’infrastructure et le matériel pédagogique numériques nécessitaient une refonte et une mise à jour.

    Se contenter d’équiper les écoles en ordinateurs ne suffirait pas. Clairement, l’approche la plus efficace consistait à fournir davantage de ressources, y compris pour l’apprentissage assisté par ordinateur, et à former les enseignants en la matière. Par conséquent, le projet prévoyait l’organisation, dans tout le pays, de formations visant à doter les enseignants de certaines compétences informatiques.

    Les élèves ont besoin de bons professeurs pour apprendre correctement. À la Banque européenne d’investissement, nous sommes convaincus que, pour bien apprendre, il faut de bons enseignants et une pédagogie efficace. Notre prêt de 70 millions d’euros à la Serbie soutient la formation des enseignants, ainsi que la mise à niveau des infrastructures informatiques et du matériel pédagogique numérique.

    Avec l’aide de la banque de l’UE, toutes les écoles serbes vont passer au numérique d’ici à 2021. En garantissant l’égalité d’accès à l’éducation pour tous les enfants serbes, nous les incitons également à se bâtir un avenir prospère dans leur pays.

    Ce projet s’inscrit dans le prolongement du soutien que la Banque européenne d’investissement apporte déjà à l’éducation en Serbie. Récemment, la Banque européenne d’investissement a financé un programme de modernisation d’écoles et un projet de développement et de recherche du secteur public.

    Comment éduquer le cœur

    Chaque année, dans le monde entier, 246 millions d’enfants sont victimes de violences : harcèlement, discriminations ou encore sévices corporels. L’éducation dote les apprenants, de tous âges, et en particulier les jeunes femmes et hommes, des connaissances, des valeurs, des attitudes et des comportements qui favorisent une citoyenneté mondiale responsable, l’esprit critique, l’empathie et la capacité à agir contre la violence.

    L’éducation cultive également l’empathie, la compassion, l’altruisme et la bienveillance. Mais comment éduquer le cœur ?  La Tunisie a trouvé quelques réponses.

    En 2017, le pays a mis en place un programme pilote de promotion des comportements positifs afin d’améliorer le climat éducatif dans 80 établissements d’enseignement secondaire. Ce programme a été doté d’une enveloppe de 1,5 million d’euros provenant de la Facilité d’investissement pour le voisinage financée par l’UE (et relevait d’un précédent prêt de 70 millions d’euros accordé par la Banque européenne d’investissement au ministère tunisien de l’éducation destiné à la rénovation et à la construction d’écoles dans tout le pays).

    Avec le soutien de l’Institut BEI, Tunisia88, un autre programme pédagogique, organise dans tout le pays, en particulier dans des zones moins développées et défavorisées, des clubs de musique extrascolaires dirigés par des lycéens. À ce jour, ils sont plus de 20 000 à y avoir participé.

    Pendant le confinement dû au COVID-19, les lycéens qui participent au programme Tunisia 88 ont continué à jouer de la musique ensemble, en la partageant sur le web.

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    En savoir plus

    Lorsque les pouvoirs publics tunisiens ont décidé de rouvrir les établissements scolaires pour les examens de fin d’année, il leur a fallu s’approvisionner rapidement en masques et en gel hydroalcoolique. Nous avons réorienté une partie du prêt destiné à la modernisation des écoles tunisiennes vers des mesures de lutte contre le coronavirus. Ainsi, 220 000 élèves et 160 000 enseignants ont pu fréquenter leur établissement sans mettre leur santé ni leur sécurité en péril.

    Dans des zones urbaines défavorisées, nous appuyons la construction de nouveaux établissements publics d’enseignement secondaire dotés d’équipements pédagogiques et de moyens de transport modernes. La sécurité et un climat scolaire positif constituent nos deux grandes priorités. Nous nous efforçons également de combler le fossé entre les besoins en matière d’éducation et des ressources publiques insuffisantes.

    Nous avons décidé de réorienter une partie du prêt destiné à la modernisation des écoles tunisiennes vers des mesures de lutte contre le coronavirus. Ainsi, 220 000 élèves et 160 000 enseignants ont pu fréquenter leur établissement sans mettre leur santé ni leur sécurité en péril.

    Le projet bénéficie également de subventions et d’une assistance technique financées par la plateforme d’investissement pour le voisinage de l’UE en faveur de la mise en œuvre d’autres activités pédagogiques (programmes de promotion des comportements positifs à l’échelle de toute l’école).

    Nihan Koseleci est économiste de l’éducation à la Banque européenne d’investissement. Angel Diez Fraile est chargé de prêts au sein de la division Investissements en faveur du secteur public en Amérique latine et dans les Caraïbes. Jean-Luc Revéreault dirige le bureau de la Banque européenne d’investissement à Tunis.