La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), la Banque européenne d'investissement (BEI) et le Groupe de la Banque mondiale* ont mis en garde ce lundi contre la complaisance, face aux défis majeurs qui entravent le redressement économique des pays d'Europe centrale et orientale.

Rassemblés à Istanbul à l'occasion des réunions annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, M. Thomas Mirow, président de la BERD, M. Philippe Maystadt, président de la BEI et M. Philippe Le Houérou, vice-président de la Banque mondiale, ont déclaré qu'une action internationale coordonnée sans précédent avait contribué à prévenir une crise systémique dans la région, mais qu'il restait encore du travail à faire.

Ils se sont engagés à conduire de nouvelles actions au nom de leurs institutions respectives en vue de soutenir le retour à la croissance dans la région. Les trois institutions financières internationales (IFI) ont annoncé qu'elles progressaient rapidement dans la mise en œuvre de leur Plan d'action conjoint et qu'elles avaient déjà engagé, à la fin de septembre 2009, un soutien financier de 16,3 milliards d'EUR (dont 12,4 milliards d'EUR ont déjà été signés) pour lutter contre la crise dans les pays d'Europe centrale et orientale. Ils ont ajouté que ces efforts devaient cependant être poursuivis afin d'épauler ces pays durant leur période de redressement.

Lancé par les trois institutions le 27 février 2009, au moment où la crise économique mondiale s'aggravait, le Plan d'action conjoint à l'appui des systèmes bancaires et de l'activité de prêt en faveur de l'économie réelle de la région poursuit trois objectifs :

  • soutenir la stabilité du secteur bancaire et l'activité de prêt en faveur de l'économie réelle dans une région touchée par la crise, au moyen d'un plan de financement de 24,5 milliards d'EUR durant la période 2009-2010 ;
  • s'engager à conduire une évaluation conjointe des besoins de financement des grands groupes bancaires ;
  • déployer rapidement une assistance en fonction de la zone géographique d'intervention et des spécialités de chaque institution, et ce de manière coordonnée.

En complément de ces concours, les trois institutions se sont efforcées de faciliter la coordination des plans de soutien nationaux et de promouvoir le dialogue stratégique entre les principaux partenaires de la région, en coopération étroite avec le Fonds monétaire international (FMI), la Commission européenne et d'autres institutions européennes de premier plan.

À Istanbul, les trois signataires du Plan d'action conjoint ont présenté leur premier rapport d'étape commun et discuté des nouveaux défis à venir, ainsi que des futurs axes de coopération. Ont participé à cette réunion les principales banques mères européennes détenant des filiales en Europe centrale et orientale, les autorités de surveillance des pays d'origine et des pays hôtes, les autorités fiscales et les banques centrales, ainsi que la Commission européenne, le FMI et la Banque centrale européenne (BCE).

Le rapport note que la collaboration entre les trois institutions en matière de dialogue stratégique, en coopération étroite avec le FMI et la Commission européenne, a facilité la gestion de la crise via une plate-forme de coordination des secteurs public et privé, au titre de l'initiative de coordination de la Banque européenne (Initiative de Vienne).

Ce dialogue a également permis de renforcer l'incitation à préserver l'intégration européenne. Des actions ont ainsi été intégrées dans les programmes de lutte contre la crise macro-économique, soutenues par le FMI et, dans le cadre des politiques économiques et financières de l'UE, par la Commission européenne.

Les efforts déployés ont contribué à éviter une crise régionale systémique face à des chocs économiques de grande ampleur, constate le rapport. Les banques mères ont continué à épauler leurs filiales et les banques locales viables sont parvenues à survivre.

Cependant, en dépit de signes indiquant que l'étau de la crise économique se desserre et malgré les différences qui existent d'un pays à l'autre, la région doit encore relever des défis majeurs avant de s'engager véritablement sur la voie de la reprise et de la croissance.

Concrètement, l'offre de crédit en faveur de l'économie réelle, et des PME en particulier, recule toujours, le nombre de prêts non productifs s'accroît, les besoins de recapitalisation des banques restent importants et le chômage augmente rapidement.

Les trois institutions estiment que le redressement économique dépendra fortement de la croissance du secteur privé, laquelle ne pourra redémarrer sans une activité de prêt en faveur de l'économie réelle.

Outre un financement indispensable, cela nécessite de renforcer le bilan des banques, de participer à l'atténuation des risques financiers supportés par la région et de restructurer les dettes privées lorsque cela est nécessaire et possible. Il sera également essentiel de remédier à la vulnérabilité des encours en devises, parallèlement à la mise en place de financements à long terme en monnaie locale et au développement des marchés des capitaux.

La continuité du dialogue stratégique doit être assurée pour renforcer les cadres réglementaires.

Concernant l'avenir, les trois institutions s'engagent à persévérer dans les efforts déployés au titre du Plan d'action conjoint pour soutenir l'activité de prêt en faveur de l'économie réelle et pour la région, tout en relevant les défis à venir en coopération étroite avec d'autres institutions européennes et internationales et avec les gouvernements.

Tableau 1 : Engagements et réalisations au titre du Plan d'action conjoint des IFI
(En milliards d'euros)


 

 

Engagements

 

Montants disponibles dès la fin de Septembre 2009 2/

 

Montants signés à la fin de Septembre 2009 2/

 

 

 

2009-2010

 

Montants indicatifs pour 2009 1/

 

 

 

 

 

TOTAL

 

24.5

 

12.3

 

16.3

12.4

 

 BERD

6.0

 

3.0

 

    3.4 3/

    2.4

 BEI

11.0

 

5.5

 

   9.2 4/

   6.3

Groupe de la Banque Mondiale


  BIRD

  AMGI

  SFI

7.5

 

 

3.5

2.0

2.0

3.8

 

 

1.8

1.0

1.0

3.7

 

 

2.5

0.65

0.5

3.7

 

 

2.5

0.65

0.5

1/    Sur les 24,5 milliards d'EUR, montants proportionnels pour 2009.
2/     Approbations du conseil d'administration (BERD, BEI, AMGI, BIRD), signatures (SFI).
3/     Comprend le soutien des banques locales et les crédits commerciaux. En les excluant, la contribution effective totale s'élève à 1,9 milliard d'EUR.
4/     Dont 6,3 milliards d'EUR ont été signés et 1,7 milliard d'EUR ont été décaissés.

* Le Groupe de la Banque mondiale, qui comprend la Société financière internationale (SFI), l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), apportera environ 7,5 milliards d'EUR selon la clé de répartition suivante :

La SFI, par le biais de ses initiatives anticrise en faveur de secteurs tels que les banques, les infrastructures et le commerce, ainsi que par ses services habituels d'investissement et de conseil, devrait contribuer à hauteur de 2 milliards d'EUR au maximum ;

La BIRD va accroître le volume de ses prêts en Europe et en Asie centrale jusqu'à concurrence de 16 milliards d'EUR durant la période 2009-2010 ; sur cette enveloppe, 3,5 milliards d'EUR devraient servir à aider le secteur bancaire dans les pays européens émergents ;

L'AMGI interviendra en faveur du secteur bancaire pour couvrir le risque politique à hauteur de 2 milliards d'EUR.