Recherche FR menu Portail client du Groupe BEI
Recherche
Résultats
5 premiers résultats de la recherche Voir tous les résultats Recherche avancée
Recherches les plus fréquentes
Pages les plus visitées

    L’héritage du FEIS : l’importance de l’ambition

    L’ambition est un élément clé du FEIS. En cherchant à avoir un impact considérable, ce mécanisme de garantie a poussé toutes les parties prenantes à s’impliquer davantage et a ainsi dépassé tous ses objectifs.

    Par 20 novembre 2020
     

    Écoutez

    Sixième partie de la série « L’héritage du FEIS »

    Le Fonds européen pour les investissements stratégiques a changé la donne pour les programmes de relance économique soutenus par des financements publics de l’UE et pour la Banque européenne d’investissement.  « L’héritage du FEIS » est une série qui raconte l’histoire du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) de 2015 à 2020 au fil d’entretiens avec son directeur exécutif, sa directrice exécutive adjointe, les membres du comité d’investissement et des bénéficiaires finals de toute l’Europe.

    Téléchargez ici la publication intitulée « L’héritage du FEIS »


    Wilhelm Molterer

    Le FEIS montre combien l’ambition compte. C’est en effet son haut niveau d’ambition, avec son objectif de mobiliser 315 milliards d’euros, puis finalement 500 milliards d’euros, qui a poussé toutes les parties prenantes à y participer pleinement. Les efforts consentis ont été formidables, même parmi ceux qui étaient plutôt sceptiques au début. Si l’on regarde les prévisions axées sur la réponse à la crise du coronavirus, on remarque que le niveau d’ambition pour la relance de l’économie européenne est peut-être encore plus élevé qu’il ne l’a été pour le FEIS. Mais si vous voulez faire les choses en grand, vous devez d’abord faire de grandes annonces.

    Le FEIS a permis au Groupe Banque européenne d’investissement de proposer une plus large gamme de produits et de services financiers afin de soutenir des entreprises et d’autres bénéficiaires qui n’auraient pas pu recevoir d’aide avant ce mécanisme de garantie. Les connaissances et l’expertise amassées dans le cadre du FEIS au cours de ces cinq dernières années pourront être réutilisées à l’avenir, que ce soit pour de nouveaux mécanismes de garantie ou au bénéfice de la propre capacité d’absorption des risques de la BEI.

    Gordon Bajnai, membre du comité d’investissement

    L’idée fondamentale du FEIS fonctionne parce que celui-ci utilise très peu d’argent public par rapport à l’effet multiplicateur qu’il engendre. Mais cela ne marche que si vous arrivez à maintenir un équilibre entre l’évaluation des projets par le secteur privé et la volonté de l’administration publique de protéger les ressources publiques. C’est un exercice très délicat. Il est crucial que nous réussissions à maintenir cet équilibre et cette indépendance entre les secteurs publics et privés dans le cadre du prochain programme, InvestEU. J’ai travaillé dans les deux secteurs et je sais qu’un tel système nécessite l’intervention d’un intermédiaire honnête pour être efficace.

    L’alliance d’un mécanisme de garantie issu du secteur public et de l’effet multiplicateur du secteur privé peut être une très bonne solution pour aider l’Europe à sortir de la récession provoquée par le coronavirus. Le cadre est là, la structure institutionnelle aussi : le produit doit juste être adapté à la situation de crise actuelle.

    Une plus grande transparence et une meilleure communication publique sur les projets et leur impact

    Dans tous les projets futurs de la BEI, la notion d’« additionnalité » sera plus clairement exposée et l’accent sera mis sur les domaines où le marché est défaillant ou sur les situations d’investissement non optimales. Il sera expliqué pourquoi la BEI soutient un projet donné et la différence qu’elle permet de faire, en utilisant une terminologie accessible aux tiers (y compris aux membres de son propre Comité de direction).

    Thierry Deau, membre du comité d’investissement

    Il ne faut pas attendre jusqu’à la fin des projets pour réaliser des études d’impact ; c’est un facteur important dans ce type de programme. Nous devrions disposer d’outils permettant de gérer le déploiement des investissements et de mesurer leur impact immédiatement et au fil des projets.

    Je constate une certaine réticence à communiquer sur les bénéfices de ce genre de mécanismes. Ils sont pourtant l’un des piliers de l’action de l’Europe. Même dans mon propre pays, je doute que les gens soient conscients de ce que le FEIS a fait pour eux. L’évaluation des incidences d’un programme économique devrait être prévue dès sa phase de conception et il est essentiel d’avoir les outils nécessaires pour mesurer ces effets et communiquer à leur sujet.

    Renforcer l’« approche de groupe » de la Banque européenne d’investissement et du Fonds européen d’investissement dans les activités de financement, la publication d’informations et la communication

    Des projets et des personnes

    Le Fonds européen d’investissement investit dans le premier fonds d’amorçage destiné aux entreprises issues du milieu universitaire français afin de soutenir les recherches sur le cancer d’Angelita Rebollo.

    Dans son laboratoire de l’Université Pierre et Marie Curie, situé près des bords de Seine au centre de Paris, Angelita Rebollo a mis au point une technique permettant de bloquer certaines fonctions spécifiques des protéines qui transforment les cellules saines en cellules cancéreuses. Ce traitement pourrait aider des personnes atteintes de diverses pathologies. Les premiers résultats indiquent qu’il sera d’abord utilisé pour le traitement du cancer des ovaires et de certaines formes graves de cancer du sein. Alors que la chimiothérapie entraîne de nombreux effets secondaires en détruisant des cellules saines, la thérapie ciblée d’Angelita Rebollo s’attaque uniquement aux cellules cancéreuses.

    Les recherches d’Angelita sur le sujet ont débuté il y a 17 ans à Madrid et l’ont amenée à créer une entreprise, PEP-Therapy, avec quelques autres scientifiques travaillant dans de prestigieux instituts de recherche en France. L’entreprise porte le nom des molécules étudiées par Angelita Rebollo (peptides pénétrants et interférents) et son rôle est de transformer cette découverte scientifique en traitement capable de sauver des vies. « Nous avons créé cette entreprise pour que nos découvertes soient transmises du chercheur au patient », explique Angelita Rebollo. « Notre objectif est de développer une molécule qui aidera un très grand nombre de personnes. »

    PEP-Therapy a reçu un apport de 1 million d’euros de la part de Quadrivium 1, le premier fonds d’investissement français fournissant des capitaux d’amorçage à des projets issus d’une douzaine d’instituts de recherche universitaire en France, ou liés à ces instituts, dans les domaines des sciences de la vie et de la technologie numérique. Les universités états-uniennes ont été les premières à appliquer ce modèle puis il a été largement adopté au Royaume-Uni. En France, il s’agit d’une première. « Il n'a pas été simple d'introduire ce concept en France », explique Philippe Tramoy, gestionnaire du portefeuille Sciences de la vie du fonds Quadrivium 1. « Comme notre fonds est le premier du genre, tout le monde nous observe pour voir si ce modèle est bon à suivre. »

    Le Fonds européen d’investissement a accordé à Quadrivium 1 un apport de 20 millions d’euros garanti par le FEIS.

    La dimension économique de la recherche scientifique n’échappe pas à Angelita Rebollo. Après tout, si elle a quitté son poste à Madrid, c’est à cause de la rareté des ressources consacrées à la recherche en Espagne. Avant de s’installer à Paris, elle est également passée par l’Allemagne et la Belgique. « L’investissement de Quadrivium nous permet de financer les différentes étapes du développement », explique-t-elle. « Nous avions besoin de fonds pour trouver cette molécule, qui, nous l’espérons, sauvera des vies. »

    L’idée principale, c’est de laisser le marché s’exprimer.

    Wilhelm Molterer

    L’idée principale, c’est de laisser le marché s’exprimer. Si, en tant que décideur politique, vous voulez annoncer des objectifs politiques tels que la protection du climat ou la cohésion, d’accord. Parce que c’est ce que les décideurs politiques doivent dire. Très bien. Mais ne vous mêlez pas des propositions concrètes, des projets sur le terrain. Laissez les professionnels faire leur travail.

    Mon deuxième conseil serait que si vous disposez de ressources limitées (et l’argent des contribuables est toujours une ressource limitée), vous devez faire tout ce qui est en votre pouvoir pour vous assurer que chaque euro a le plus grand impact possible. Je ne dis pas ça pour critiquer les subventions. Nous avons besoin de subventions pour la recherche fondamentale ou les projets culturels ou sociaux. Mais il reste beaucoup de possibilités inexplorées pour utiliser des instruments financiers et combiner leurs points forts avec la force de frappe des outils budgétaires. Nous n’en sommes pas encore au niveau où nous pourrions être, mais la situation actuelle et les années difficiles qui s’annoncent pour l’économie européenne forceront peut-être toutes les parties prenantes à aller encore plus loin que ce que nous avons fait avec le FEIS. Mais nous devons aussi tirer les leçons du FEIS.

    Une de ces leçons est qu’un tel mécanisme doit rester simple et efficace et qu’il faut veiller à son indépendance dans sa décision d’accorder ou non la garantie. Il faut également exploiter les capacités des banques pendant tout le processus d’audit préalable ainsi que celles du budget, c’est-à-dire qu’il faut dédier une partie du budget à ce programme.

    Il ne faut pas oublier que le FEIS est un instrument conçu pour faire face à une situation de crise spécifique. Aujourd’hui, nous sommes dans un nouveau cycle économique. Le COVID-19 a entraîné des chocs économiques sans précédent et l’UE doit prendre des mesures audacieuses pour relancer les économies, préserver les emplois et renouer avec la confiance.

    Les deux éléments essentiels, pour tout programme de relance, doivent être de veiller à mettre en place le bon instrument et d’avoir la flexibilité nécessaire pour adapter le programme à l’évolution de la situation économique. Nous vivons une époque de changement perpétuel. Si nous concevons un programme destiné à durer cinq ou sept ans, nous devons être prêts à le faire évoluer. La flexibilité est déterminante, car des crises peuvent survenir de façon inattendue. Prenons l’exemple du COVID-19 : le FEIS a dû réagir en conséquence. En un mois seulement, nous avons déplacé les financements d’un poste à un autre pour mettre au point des mesures de lutte contre la crise face au COVID-19 et fournir en urgence des liquidités aux entreprises qui rencontraient des difficultés.

    TERMA
    ©Tim Smit/Skeleton Technologies