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    Solutions pour le développement : comment être à l’écoute

    Les projets de transport sont bons pour l'économie. Mais le dialogue avec les parties prenantes permet de faire en sorte qu’ils soient bons également pour l’environnement et la société. Voici comment cela se passe

    Dans la série "Development Solutions" 9 juillet 2020
     

    Écoutez

    Par Ana Dilaverakis

    Le secteur des transports est essentiel au développement économique. Il crée les réseaux physiques permettant la circulation des personnes et des biens, et il favorise le commerce et le tourisme. Mais la construction d’une route ou même d’une ligne de métro peut aussi ébranler la vie des gens, si les nouvelles infrastructures viennent perturber les quartiers, les lieux de travail et d’habitation.

    Le dialogue avec les parties prenantes garantit que les avantages des projets de transport ne s’accompagnent pas de coûts environnementaux et sociaux significatifs. Il s’agit d’un processus continu qui est plus efficace quand il est entamé à un stade précoce du projet. Il fait partie intégrante de l’évaluation du projet, de sa gestion et du suivi de ses risques et impacts environnementaux et sociaux.

    À la Banque européenne d’investissement, le dialogue avec les parties prenantes permet de déterminer quelles sont les personnes et les communautés qui sont ou pourraient être concernées par un projet ainsi que les autres parties intéressées, afin de les y associer de manière appropriée. Les parties prenantes peuvent inclure :

    • les ONG
    • les clients
    • les communautés touchées
    • le personnel
    • les services de l’État.

    Dialoguer avec les parties prenantes est une tâche très difficile. Il faut comprendre le problème – savoir d’où viennent les personnes concernées, connaître leur culture, leurs craintes et leurs besoins – et trouver des solutions adéquates. Tous ces éléments sont déterminants pour un dialogue efficace et donc pour le succès du projet.

    La Banque européenne d’investissement définit un cadre général pour la promotion du développement durable au moyen de normes environnementales et sociales, qui sont regroupées en 10 domaines thématiques. Ces normes visent à réaliser les objectifs de la Banque en matière de durabilité et définissent les responsabilités de l’emprunteur dans leur application aux projets de la BEI.

    Il est également important de tenir compte du fait que la capacité de résilience de certains individus ou groupes face aux incidences négatives d’un projet peut être moindre. Les personnes en butte à la discrimination et aux inégalités sur le plan financier, culturel et (ou) entre les sexes peuvent être plus dépendantes de leur environnement ou avoir un accès limité (voire inexistant) à la justice et aux processus de décision. Leurs facultés d’adaptation affaiblies les rendent moins à même de faire face aux risques du projet et de se remettre de ses conséquences. Pour désigner ces personnes, on parle communément de groupes vulnérables.

    Les peuples autochtones comptent souvent parmi les groupes vulnérables. Ces peuples ont des identités et des aspirations distinctes de celles des groupes dominants dans les sociétés nationales et sont souvent désavantagés par les modèles de développement traditionnels.

    Les peuples autochtones sont des parties prenantes au Honduras

    Au Honduras, le gouvernement a fait de l’amélioration de la qualité et de la sécurité du réseau routier une grande priorité dans le cadre de son plan de développement pour les deux prochaines décennies.

    La modernisation et la réhabilitation du Corridor occidental revêtaient une importance particulière, car cet axe relie San Pedro Sula, la deuxième ville du pays et sa capitale industrielle, avec le Guatemala et le Salvador. Les avantages escomptés étaient considérables : promotion du tourisme et renforcement de l’activité économique, amélioration des conditions de vie des communautés locales dans l’une des régions les plus pauvres et les plus défavorisées du Honduras. C’est pourquoi la Banque européenne d’investissement a accordé un prêt de 79,5 millions d’euros et apporté une assistance technique d’une valeur de 3 millions d’euros au projet.

    Néanmoins, selon les estimations, le projet avait des conséquences pour 740 ménages, dont quelque 180 familles qui devaient être physiquement déplacées ou qui subiraient des répercussions économiques. De plus, la région où le projet devait être mené abrite environ 40 000 autochtones ch’ortí. Les Ch’ortí dépendent principalement de l’agriculture et fournissent une main-d’œuvre saisonnière pour les grandes plantations de café et le secteur du tourisme. Les femmes aussi contribuent à l’activité économique par la vente de produits traditionnels et artisanaux.

    La majorité des Ch’ortí vivent dans une pauvreté extrême et présentent un taux d’alphabétisation inférieur à la moyenne du Honduras. Près de 50 % sont au chômage et ils n’ont, en général, qu’un accès réduit aux soins de santé.

    Pour ce faire, une aide non remboursable financée par l’UE au titre de l’assistance technique a été mise à disposition pour le projet et, eu égard au caractère sensible de la situation des autochtones, il a été convenu de recruter un consultant expérimenté chargé des relations avec les populations autochtones. Avec l’aide du consultant, un processus de dialogue très proactif a été engagé afin d’informer les Ch’ortí des détails du projet. Ceux-ci ont rapidement exprimé un avis plutôt positif à l’égard du projet routier, conscients qu’ils en tireraient des avantages importants.

    Le processus a débouché sur l’élaboration d’un plan de développement des populations autochtones énonçant des mesures d’atténuation et de partage des bénéfices. Il était notamment prévu de moderniser 56 kilomètres de voierie rurale, de telle sorte que les communautés ch’ortí ont obtenu :

    • un accès amélioré, à l’épreuve des phénomènes climatiques, aux services publics et aux centres économiques, par le réseau routier principal,
    •  un appui aux communautés autochtones en matière d’agriculture,
    • un appui aux activités artisanales des femmes et l’embauche préférentielle de Ch’ortí comme ouvriers pour la construction des routes.

    Ouverture du dialogue à une communauté plus large

    Le dialogue avec les parties prenantes ne se limite pas aux obligations de transparence. Il englobe la société civile et la communauté des parties prenantes au sens large, pour les associer à l’analyse des projets, à la gouvernance et aux processus décisionnels. Il renforce la confiance dans tout ce que nous entreprenons.

    Ana Dilaverakis travaille à la division « Routes stratégiques » de la Banque européenne d’investissement