Sur terre et en mer, les nouvelles infrastructures de la Grèce devraient fournir des informations vitales pour l’étude des changements climatiques et la prédiction des catastrophes naturelles

Le sud-est de la Méditerranée est une région bénéficiant d’un microclimat. Ce laboratoire naturel peut aider les scientifiques à observer et à prévoir les changements climatiques à l’échelle mondiale. Pourtant, jusqu’à présent, cette région n’a pas fait l’objet de recherches suffisantes.

Pour remédier à cette lacune, deux centres de recherche de premier plan de l’État grec construisent des infrastructures et des équipements destinés à mesurer l’air et à explorer les eaux et les fonds marins du sud-est de la Méditerranée – depuis les couches atmosphériques les plus élevées jusqu’à plus de 5 000 mètres en dessous du niveau de la mer, dans la zone la plus profonde de la Méditerranée, qui se situe en Grèce.

L’Observatoire national d’Athènes met en place l’observatoire panhellénique de géophysique d’Anticythère (PANGEA) pour mener à bien cette collecte de données climatiques et atmosphériques et opérer en tant que station de recherche. Cet observatoire sera situé sur Anticythère, une petite île quasiment inhabitée, sise entre la Crète et le Péloponnèse.

« Le projet PANGEA constitue un grand bond en avant dans la mesure des paramètres atmosphériques et dans la construction de modèles climatiques pour le sud-est de la Méditerranée », affirme le professeur Manolis Plionis, président de l’Observatoire national d’Athènes. « La région méditerranéenne est une zone sensible en matière de changements climatiques et les données nous permettront de comprendre l'évolution des changements climatiques dans les années à venir et leurs conséquences sur la société et l’économie. »

Le Centre hellénique de recherche marine construira un nouveau navire de recherche océanographique destiné à remplacer le précédent, qui doit être mis à l’arrêt après 35 ans de bons et loyaux services. Le nouveau navire pourra explorer aussi bien les eaux continentales peu profondes que les eaux maritimes profondes.

Sa construction est innovante. D’une longueur de 70 mètres et d’une largeur de 16 mètres, il transportera des laboratoires de grandes dimensions à usages multiples et offrira des ponts ouverts spacieux permettant d’échanger les conteneurs renfermant des laboratoires mobiles, ce qui fera de ce navire une plateforme polyvalente, offrant la souplesse de mener toute une série de missions scientifiques ou autres.

« La Méditerranée revêt une importance critique pour les changements climatiques, car elle représente en quelque sorte un océan miniature qui réagit rapidement à la variabilité climatique. Ses eaux noires et inexplorées renferment encore de nombreux secrets », déclare Aris Karageorgis, président du Centre hellénique de recherche marine. « Un nouveau navire solide doté de technologies de pointe peut nous aider à explorer davantage les eaux de la Méditerranée et ses fonds marins, et prévoir ce qui peut survenir en pleine mer du fait des changements climatiques. »

>@Hellenic Centre for Marine Research
©Hellenic Centre for Marine Research

Changements climatiques : des infrastructures grecques pour répondre à un défi mondial

La station PANGEA permettra un suivi continu des variables climatiques essentielles et de l’activité géophysique et diffusera en temps réel des données de suivi certifiées destinées à la communauté scientifique et la société civile. Elle vise à répondre à plusieurs objectifs sociétaux en lien avec des défis tels que les changements climatiques et leurs incidences sur les phénomènes météorologiques extrêmes et les catastrophes naturelles en Grèce et en Méditerranée orientale ; on peut citer par exemple le suivi de l’activité sismique, en particulier dans le sud-est de la Méditerranée, région dont la surveillance n’est, à ce jour, pas suffisante, mais qui est essentielle en raison de son activité tectonique intense.

Le navire constitue quant à lui un élément d’infrastructure neuf dans une flotte océanographique mondiale vieillissante qui, selon Aris Karageorgis, peut « guérir l’océanographie ».

Il participera à plusieurs missions scientifiques ou civiles :

  • collecte de données sur la température et la salinité marines ;
  • échantillonnage de sédiments issus des fonds marins ;
  • suivi de la pollution marine en surface, dans des colonnes d’eau et sur les fonds marins ;
  • suivi de la salubrité des habitats côtiers et en pleine mer, ainsi que de leurs écosystèmes ;
  • collecte d’échantillons de vie aquatique ;
  • inspection des installations de parcs éoliens en pleine mer ou de câbles sous-marins électriques ou en fibres optiques ;
  • participation à des missions de recherche et de sauvetage ;
  • collecte d’échantillons en cas de déversements d’hydrocarbures ;
  • déploiement et récupération de bouées océanographiques et de pièges à sédiments ;
  • université flottante et enseignement destiné à des étudiants de troisième cycle.

Ces deux projets devraient avoir de nombreuses retombées.

Sur le plan scientifique, ils permettront une collecte constante de variables climatiques essentielles dans l’atmosphère et en mer pour alimenter les modèles climatiques. Des modèles climatiques fiables peuvent donner lieu à de meilleures observations et à des prévisions plus précises concernant les changements climatiques. 

Les données aideront les scientifiques à comprendre l’évolution du climat et à distinguer les changements climatiques naturels de ceux provoqués par les êtres humains.

Dans le domaine de la recherche marine, elles aideront à renforcer la préservation de la biodiversité en observant l’évolution des organismes vivants, par exemple en étudiant des espèces allochtones provenant d’eaux tropicales sous l’effet de la montée de la température des eaux marines.

Ces perspectives ouvrent une fenêtre sur l’avenir : il sera possible non seulement de suivre le comportement du climat, mais, plus important encore, de prendre des mesures pour anticiper et combattre ces changements climatiques. 

L’Observatoire national d’Athènes comme le Centre hellénique de recherche marine sont membres de réseaux scientifiques internationaux et mettent tous deux en œuvre une politique d’ouverture des données. Outre les données, les installations seront également accessibles aux missions scientifiques étrangères, afin de mener des expériences ou d’autres projets dans le cadre de programmes scientifiques européens ou internationaux.

Des retombées positives pour la société grecque pourront aussi être observées à de nombreux égards.

Les données de la station PANGEA aideront les autorités de la protection civile grecque à prévoir et à éviter de graves catastrophes naturelles. 

De plus, cette infrastructure offrira à la Grèce l’occasion de redorer son blason sur le plan de la recherche scientifique.  

« Dans le domaine de la recherche, bien souvent, la Grèce n’est pas assez compétitive. Ces projets démontrent que le pays compte d'excellents chercheurs axés sur l'avenir. Ils ont uniquement besoin de soutien et d’infrastructures pour leur permettre d’utiliser leurs connaissances et leurs compétences et de faire ainsi jeu égal avec les autres », affirme Martin Humburg, économiste à la Banque européenne d’investissement.

Ces projets seront également bénéfiques en matière de diffusion d’information, car ils favoriseront le tourisme scientifique à visée éducative, qu’il s’agisse de groupes scolaires ou d’étudiants, à l’échelle nationale ou internationale.

« Le projet PANGEA aura d’importantes retombées positives sur la société, notamment l’inversion du déclin démographique d’Anticythère et l’amélioration du transport maritime côtier dans cette région frontalière », explique le professeur Manolis Plionis.

Front commun contre les changements climatiques

L’Observatoire national d’Athènes assure la coordination, tandis que le Centre hellénique de recherche marine est un membre du réseau national sur les changements climatiques, une initiative emblématique de l’État grec. La lutte contre les changements climatiques est pour eux une priorité.

C’est pourquoi la Banque européenne d’investissement (BEI), la banque européenne du climat, a signé en juillet 2020 un prêt de 57,5 millions d’euros au maximum avec l’État grec, destiné à financer en partie la construction et l’équipement de l’observatoire panhellénique de géophysique d’Anticythère (PANGEA) et un nouveau navire océanographique. Le calendrier de mise en œuvre de ces projets s'étend sur cinq à six ans.

Les financements à l’appui de projets scientifiques sont rares, en particulier dans le contexte d’austérité que connaît la Grèce depuis la crise financière, explique Costas Kargakos, le chargé de prêts à la BEI qui a travaillé sur cet accord.

« Cette opération appuie les efforts des autorités grecques visant à promouvoir les investissements dans des infrastructures de recherche stratégiques et cherche à contribuer à la limitation des changements climatiques et à l’adaptation à leurs effets, l’une des priorités stratégiques de la Banque et de l’UE », ajoute Costas Kargakos.

Outre sa valeur scientifique, le projet permettra également de faire face à la fuite des cerveaux qui prive la Grèce de scientifiques chevronnés.

« Nous n’avons pas financé d’opération comparable en Europe. Il s’agit d’une infrastructure de pointe dans ce domaine. Il est satisfaisant de constater que l’investissement peut aussi avoir des retombées sociales en permettant de garder les chercheurs en Grèce », reconnaît Anthony Friedman, ingénieur à la Banque européenne d’investissement. 

Les infrastructures stratégiques, un précieux allié dans la lutte contre les changements climatiques

Jusqu’à présent, l’île d’Anticythère était surtout connue comme le lieu de la découverte, au début du XXe siècle, du premier ordinateur de l’Antiquité, connu sous le nom de « machine d’Anticythère ».

Elle a été choisie pour y installer la station de données atmosphériques, car elle remplit plusieurs critères scientifiques :

  • compte tenu de son éloignement géographique et de son nombre très limité de résidents permanents, l’intervention humaine et la pollution atmosphérique y sont au plus bas ;
  • c’est une zone où circulent des masses d’air, des polluants atmosphériques et des cendres volcaniques, comme celles de l’Etna ;
  • ses conditions atmosphériques rendent possibles des mesures fiables et représentatives des paramètres atmosphériques et des niveaux naturels de gaz à effet de serre.

L’observatoire sera construit de manière écologique, afin de préserver l’environnement, mais aussi de façon à ne pas entraver la sensibilité de son équipement de pointe.

Le navire de recherche océanographique, à faible consommation de combustibles, sera également bien équipé afin de mener des missions en mer Méditerranée, en mer Noire et en mer Rouge et, éventuellement, dans l’océan Atlantique.

Il transportera un véhicule télécommandé qui peut observer, mesurer et prélever des échantillons en eaux profondes, des échosondeurs multifaisceaux de pointe qui peuvent fournir de précieuses informations sur la morphologie des fonds marins et de nombreux instruments scientifiques high-tech à l’appui de recherches innovantes en eaux profondes et peu profondes.

« En qualité d’océanographe grec, je sais combien il importe de disposer d’un bâtiment en état de naviguer. Je suis ému de voir émerger ce projet étonnant », explique Aris Karageorgis. « Réunissant à bord l’hospitalité grecque et la curiosité scientifique, il contribuera à la recherche et à l’innovation de haut niveau, tout en permettant de nouer des amitiés en faisant fi des origines géographiques et des nationalités.