La transition énergétique de l’Europe est entrée dans une nouvelle phase décisive : plus vaste, plus rapide et plus résiliente que jamais. Ce qui semblait autrefois inaccessible – s’affranchir définitivement du gaz russe – est aujourd’hui l’une des plus grandes réussites stratégiques de l’Europe.
Rien qu’en 2025, les investissements dans la transition de l’Union européenne vers les énergies propres ont atteint un niveau record, proche de 400 milliards d’euros. La valorisation des entreprises européennes du secteur des énergies renouvelables a bondi de plus de 50 % en l’espace d’un an, ce qui témoigne de la confiance élevée des investisseurs dans les technologies mises au point et déployées sur le sol européen.
Pourtant, la transformation de l’Europe ne passe pas uniquement par des mégaprojets ou des infrastructures emblématiques. Les éoliennes érigées en mer Baltique et les nouvelles interconnexions à travers le continent n’offrent qu’une vision partielle du processus.
Sécurité énergétique
Il est primordial de remédier aux goulets d’étranglement qui subsistent dans le secteur de l’énergie pour tirer parti des avantages d’un système pleinement intégré et réduire les coûts énergétiques pour les entreprises et les particuliers dans l’Union européenne. Néanmoins, la production d’énergie à elle seule ne garantira pas la compétitivité de l’Europe.
les interconnexions et de renforcer la flexibilité du système, par exemple en couplant production et stockage de l’énergie.
Parallèlement, soutenir la transition écologique et les énergies renouvelables abordables pour les entreprises européennes suppose des choix stratégiques et des arbitrages liés à la sécurité économique. Les entreprises européennes sont confrontées à de fortes dépendances stratégiques externes, allant des matières premières critiques aux technologies et composants avancés.
Le cas du secteur européen des technologies propres est éclairant. S’il représente déjà un tiers de la croissance du PIB de l’Union européenne, il est marqué par des dépendances qui varient d’un domaine à l’autre. Plutôt faibles dans la filière éolienne, les dépendances demeurent très élevées dans les batteries ou la production d’énergie solaire. Cette situation soulève des enjeux en matière de cybersécurité comme de dépendance stratégique. Pour opérer cet arbitrage, une action urgente et bien coordonnée est nécessaire aux niveaux national et européen en vue d’accompagner la transition vers une plus grande diversification.
Efficacité énergétique : l’avantage stratégique de l’Europe
L’efficacité énergétique reste l’un des outils les plus puissants – et encore sous-estimés – de l’Europe pour faire de l’action en faveur du climat et de la compétitivité une combinaison gagnante. Il ne s’agit pas là d’une simple solution technique. L’efficacité énergétique constitue un impératif stratégique ne souffrant aucun compromis et le levier de compétitivité de l’Europe le plus immédiatement actionnable.
L’efficacité énergétique fait baisser les coûts, réduit les émissions et améliore la résilience. Comme nous le savons toutes et tous, l’énergie la plus sûre, la moins chère et la plus propre est celle que l’on ne consomme pas.
L’Europe le démontre par ses résultats, en faisant plus avec moins. Depuis 1990, l’Union européenne a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de plus de 37 %, tout en enregistrant une croissance de son économie de 71 %. Ce n’est pas une coïncidence, c’est une transformation : l’Europe gagne en efficacité grâce au déploiement de technologies de pointe et à l’adoption de procédés industriels plus intelligents.
Dans ce contexte, la transition écologique de l’Europe ne portera ses fruits que si les petites et moyennes entreprises (PME) restent au cœur du processus. Du fait qu’elles représentent 99 % de l’ensemble des entreprises européennes et deux tiers des emplois du secteur privé, les PME jouent un rôle essentiel pour la compétitivité, l’innovation et la cohésion sociale.
Si l’Europe veut conserver son rôle de chef de file dans le domaine des technologies propres et renforcer sa résilience économique, les PME doivent avoir accès aux financements, aux outils et à la flexibilité nécessaires pour se moderniser.
C’est la raison pour laquelle le prochain chapitre de la transition de l’Europe vers les énergies propres leur est clairement consacré.
Mobilisation des investissements pour l’économie réelle
L’année dernière, le Groupe BEI a lancé l’initiative en faveur de l’efficacité énergétique des PME avec le soutien de la Commission européenne et en partenariat avec la Fondation Solar Impulse de Bertrand Piccard. Le programme vise à mettre, d’ici à 2027, 17,5 milliards d’euros de financements à la disposition de quelque 350 000 PME.
La dynamique est déjà forte. En 2025, un montant de 6 milliards d’euros a bénéficié à pas moins de 150 000 PME, soit le double de l’année précédente. Partout en Europe, les entreprises installent des systèmes de chauffage modernes, déploient des technologies de fabrication intelligentes, réduisent le gaspillage énergétique et renforcent la compétitivité sur un marché mondial de plus en plus exigeant.
Un nouveau partenariat pour accélérer l’impact
La BEI intensifie à présent son soutien avec un engagement de 100 millions d’euros dans le nouveau mécanisme d’Eiffel Investment Group spécialement conçu pour soutenir l’efficacité énergétique des PME. Cette initiative aidera les entreprises à réduire leur facture énergétique, à accélérer la décarbonation et à renforcer la compétitivité industrielle.
Ensemble, nous déploierons des financements pour mettre à l’échelle les technologies avancées en matière d’économies d’énergie là où l’enjeu est le plus important : dans les usines, les entrepôts, les ateliers et les bureaux qui constituent le socle de la vie économique de l’Europe.
La BEI intervient comme investisseur de référence et le mécanisme vise à mobiliser 1,2 milliard d’euros d’ici à 2030, y compris auprès du secteur privé. L’accent sera mis sur les PME en Allemagne, en Autriche, en Espagne, en France, en Italie et au Portugal.
Nous ne sommes pas simplement en présence d’un nouvel instrument d’investissement. Ce mécanisme démontre que l’Europe peut faire converger des capitaux publics et privés pour renforcer tout à la fois sa souveraineté, sa compétitivité et son rôle de cheffe de file de l’action en faveur du climat.
L’innovation : l’efficacité énergétique en tant que service
L’une des principales caractéristiques transformatrices de ce partenariat est son soutien à l’efficacité énergétique en tant que service. Au lieu d’acheter des équipements – une décision coûteuse et parfois risquée – les PME peuvent acheter des économies d’énergie garanties. Le bénéfice est immédiat : une réduction des factures et des émissions, sans investissement initial ni exposition au risque technologique.
Ce modèle de « servicisation » permet aux PME de se doter de pompes à chaleur à haute performance, d’outils d’optimisation avancés et d’autres solutions de pointe tout en préservant la solidité de leur bilan. Il lève les obstacles de longue date qui empêchent de nombreuses entreprises de remplacer des systèmes obsolètes.
Aujourd’hui, l’Europe innove non seulement dans les technologies, mais aussi dans les modèles économiques nécessaires à leur déploiement à grande échelle. Et elle donne aux PME exactement la place qui leur revient : au cœur de la transition vers les énergies vertes.
Montrons-nous à la hauteur de cette ambition et faisons de l’efficacité énergétique la pierre angulaire d’un avenir durable et compétitif pour tous et toutes.
Cet article a été publié initialement dans Les Echos le 2 mars 2026.