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    Le secteur des solutions de santé pris en défaut par une pandémie

    Dans le contexte actuel, il est indispensable d’avoir les infrastructures nécessaires pour développer rapidement de nouveaux dispositifs de diagnostic. Si la réponse à la pandémie de COVID-19 a permis de créer des conditions propices pour y parvenir, il faut continuer à financer l’innovation afin d’être prêts à affronter le prochain grand virus.

    Dans la série "Solutions pour la santé" 2 décembre 2021
     

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    Par Auvo Kaikkonen

    Lorsqu’elle s’est déclarée, la pandémie de COVID-19 a fortement déstabilisé le secteur du diagnostic médical. Du jour au lendemain, la demande de produits de diagnostic (par exemple, de tests), d’équipements de protection individuelle et de respirateurs s’est envolée. Malgré leur volonté de réorienter leurs activités pour répondre à la demande écrasante de tests et de traitements contre le COVID-19, la plupart des fabricants de solutions de diagnostic ont peiné à se procurer les capitaux financiers et humains nécessaires pour réagir efficacement.

    Face au caractère exponentiel de la pandémie, ils ont dû se tourner vers l’extérieur pour soutenir rapidement leur croissance. L’Union européenne s’est efforcée d’aider les sociétés actives dans la recherche sur les tests et les traitements contre le COVID-19 : elle a mis à leur disposition de nouvelles facilités de financement et élargi la capacité de la Banque européenne d’investissement à accorder des prêts à ce type de projets. Cependant, à la lumière de ce que l’on sait aujourd’hui, les entreprises avaient besoin de davantage d’accompagnement, d’intervention et d’encadrement – ce qui aurait par ailleurs été un bel exemple de la manière dont l’Europe se mobilise pour endiguer la pandémie.

    L’ère des pandémies a commencé. Si l’on en croit un groupe d’experts du G20, la prochaine pourrait survenir d’ici dix ans. La coopération mondiale, les percées technologiques et l’appui financier et politique déployés au profit du secteur médical durant la crise du coronavirus ont renforcé notre capacité à faire face à de nouvelles flambées épidémiques. Après des débuts chaotiques, les progrès aujourd’hui réalisés en matière de diagnostics médicaux sont fulgurants. Voici comment nous y sommes parvenus.

    Une accumulation de difficultés

    Lorsque la pandémie de coronavirus s’est déclarée, les populations de nombreux pays n’avaient tout simplement pas la possibilité de se faire tester pour savoir si elles étaient contaminées. Les tests PCR étaient presque introuvables, et il fallait attendre jusqu’à une semaine pour en connaître les résultats. Désormais, les laboratoires les transmettent dans un délai de 48 heures, voire moins, et quantité de pharmacies proposent le test antigénique, dont le résultat est disponible en 15 minutes.  Les progrès accomplis ont été considérables, mais cela ne s’est pas fait sans difficulté.

    Pourquoi a-t-il fallu tant de temps pour que l’offre de diagnostics du COVID-19 monte en puissance ? La plupart des sociétés spécialisées ne disposaient pas des capacités requises pour tester les populations à la recherche d’un nouveau pathogène comme le SARS-Cov-2. De par sa complexité, le développement biotechnologique des tests de dépistage de nouveaux pathogènes peut prendre jusqu’à une année, le temps que la technologie de référence soit mise en place, que les autorisations soient obtenues et que la fabrication des tests ou autres dispositifs de diagnostic débute. Un soutien financier supplémentaire aux entreprises concernées peut aider à raccourcir les délais, mais ceux-ci restent dans une certaine mesure incompressibles.

    Des sociétés clientes de la Banque européenne d’investissement, parmi lesquelles Mobidiag, Scope Fluidics et Biosurfit, qui ont déjà développé des tests pour d’autres virus semblables vivant dans les voies respiratoires, comme la grippe, étaient les mieux positionnées dans le contexte sanitaire actuel et sont parvenues à adapter rapidement leurs tests pour dépister le COVID-19.

    ©Bestravelvideo/ Shutterstock

    Trois à quatre mois après le début de la pandémie, le nombre de nouvelles sociétés produisant des tests s’est enfin envolé. Mais leurs tests de dépistage du COVID-19 – parfois de simples imitations des solutions existantes – ne permettaient pas toujours de détecter précisément la présence du virus, en particulier les tests antigéniques.

    Les entreprises cherchant à développer des dispositifs de diagnostic du COVID-19 se sont heurtées à un autre problème, celui de trouver les financements nécessaires pour répondre à la forte hausse de la demande. Les prêts octroyés au secteur de la biotechnologie sont souvent réservés à des plans de développement spécifiques. La réaffectation de ces sommes à de nouveaux projets ou au dépistage de nouveaux pathogènes nécessite l’accord des investisseurs, un processus qui peut s’étendre sur plusieurs mois. En redoublant d’efforts, de nouveaux produits peuvent être développés en trois ou quatre mois, mais il faut généralement beaucoup plus de temps. 

    Acheminer les financements vers le développement

    L’argent a été un problème au début de la pandémie. Les sociétés spécialisées dans les dispositifs de diagnostics avaient besoin de capitaux rapidement. Pour pouvoir les aider, l’Europe a dû créer de nouveaux outils de financement. Bien qu’il ait favorisé le développement à l’échelle européenne, ce soutien financier n’avait ni la portée ni la profondeur d’Operation Warp Speed, un programme américain de 11 milliards de dollars visant à financer les vaccins, les diagnostics et les traitements du COVID-19. 

    L’Europe aurait pu faire preuve d’encore plus d’ambition et d’audace, mais nous n’avons pas à rougir de ce qui a été accompli. BioNTech, l’entreprise allemande à l’origine du vaccin Pfizer, a en effet reçu 375 millions d’EUR de financement du gouvernement allemand pour accélérer le développement et la production, et 100 millions d’euros de prêt de la Banque européenne d’investissement pour le développement d’un vaccin (après 50 millions d’euros déjà octroyés pour la recherche sur le cancer). Son vaccin Pfizer-BioNTech n’a jamais obtenu de financement d’Operation Warp Speed.

    La Commission européenne a également mis en place de nouvelles sources de fonds, telles que le Mécanisme de financement de la croissance européenne, au profit des petites entreprises innovantes. Les garanties apportées au titre du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) ont permis à la Banque européenne d’investissement de puiser dans le nouveau mécanisme pour des projets plus risqués ou de jeunes pousses. À la faveur de la mesure provisoire instaurée dans le contexte de la pandémie, la Banque européenne d’investissement a relevé de 50 % à 90 % le plafond des dépenses à concurrence duquel elle peut prêter directement au titre de projets. Par ailleurs, elle a rapidement revu à la hausse le montant de ressources supplémentaires pouvant être octroyées à des clients existants, moyennant une procédure simplifiée, pour compléter de 20 % les prêts en cours et permettre à ces derniers de poursuivre leurs activités liées au COVID-19.

    Autre avancée positive favorisée par la pandémie, l’intérêt des investisseurs pour le secteur européen de la biotechnologie s’est accru, ce qui pourrait favoriser l’innovation médicale. Les investisseurs européens ont tendance à être plus prudents et disposent rarement des moyens financiers suffisants pour soutenir les longs cycles de développement de nouveaux produits ou traitements. Certaines entreprises parviennent à attirer des capitaux pour la phase initiale de leurs projets de développement, mais ces ressources sont souvent épuisées avant même qu’elles n’arrivent à la phase clinique. En conséquence, les entreprises européennes finissent souvent par se tourner vers les États-Unis ou, plus récemment, vers la Chine.

    Cette dynamique est toutefois en train de changer, puisque plusieurs sorties d’investissements à haut risque ont été réalisées au profit d’entreprises du secteur de la biotechnologie. À l’été 2021 par exemple, Hologic, entreprise américaine spécialiste du domaine de la santé des femmes, a acquis – pour un montant de 668 millions d’euros – la société finlandaise Mobidiag, qui développe des solutions de diagnostic moléculaire de maladies infectieuses et de la résistance aux antibiotiques. Ce type de transaction démontre que les investissements dans le secteur européen de la biotechnologie peuvent dégager des rendements solides, proches de ceux observés aux États-Unis.

    Acquérir une longueur d’avance sur les prochaines pandémies

    La technologie est l’un des outils les plus importants dont nous disposons pour lutter contre les pandémies. Nous connaissons toutes et tous les applications sur smartphone mises en place dans différents pays pour tracer les cas de COVID-19, les variants et le fameux taux de reproduction. En Europe, nous avons même un certificat vaccinal numérique.

    Bien qu’elles fassent débat sur la question de la protection des données personnelles, ces percées technologiques ont permis aux immunologues et autres chercheurs d’accéder à des informations inestimables. Grâce aux technologies, les scientifiques ont aussi pu partager le séquençage du génome de plusieurs variants du virus, pour déterminer l’efficacité – ou non – des vaccins et traitements existants. Les données collectées ont servi à modéliser les conséquences possibles des différents scénarios de propagation du virus. Elles ont également joué un rôle crucial pour aider les pouvoirs publics à lutter contre la pandémie et à prendre la difficile décision de confiner leurs populations.

    DR

    La capacité à prédire la suite possible des événements sera déterminante pour endiguer de nouvelles épidémies mondiales ou régionales. Les progrès accomplis ne se limitent pas à l’Occident. Quantité de pays utilisent déjà ces technologies, dont l’importance ne fera que grandir.

    En parallèle, la pandémie a permis de renforcer le système de santé de nombreux pays en développement, qui ont étoffé les moyens dont ils disposent pour faire face aux pandémies et se sont équipés du matériel de diagnostic nécessaire pour tester et traiter les maladies. Il convient de poursuivre ces efforts. Faute d’aide internationale, bon nombre de pays à revenu faible ou intermédiaire ne peuvent continuer à investir dans la santé publique.

    C’est pourquoi la Banque européenne d’investissement s’est associée à la Fondation Bill et Melinda Gates pour créer la Plateforme de diagnostic médical pour l’Afrique, qui vise à améliorer la qualité des services de diagnostic et de laboratoire dans certaines zones d’Afrique subsaharienne, et à en faciliter l’accès.

    La pandémie a également favorisé la décentralisation des pratiques de diagnostic. Par exemple, plus besoin de se rendre à l’hôpital pour se faire dépister : on peut maintenant le faire à l’aide d’un autotest à domicile ou avec un test administré en pharmacie ou en cabinet médical. Lors des épidémies futures provoquées par de nouveaux virus, ces progrès pourraient permettre aux individus de détecter plus rapidement la présence de pathogènes, sans devoir attendre leur tour au laboratoire, entourés d’autres patients potentiellement contaminés.

    L’autre grande avancée est la manière dont nous interagissons avec les médecins. Avec la visioconférence et les dialogueurs à intelligence artificielle, ces derniers peuvent désormais se faire une première idée de l’état d’un patient et déterminer s’il peut être soigné à domicile, s’il doit consulter un professionnel de santé local, voire s’il doit être hospitalisé. Ces outils ont le potentiel d’améliorer l’efficacité et l’efficience des soins médicaux, en particulier lorsque les ressources sont limitées.

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    Le danger réside dans l’oubli 

    La pandémie de coronavirus nous enseigne qu’il faut se tenir prêts à affronter d’autres épidémies mondiales ou régionales à l’avenir. Après tout, depuis le début du XXIe siècle, il y a déjà eu Ebola, Zika, le SARS (syndrome respiratoire aigu sévère) ou encore le MERS (syndrome respiratoire du Moyen-Orient). Alors que ces épidémies sont restées en grande partie cantonnées à certaines régions, la pandémie de coronavirus montre à quel point notre monde globalisé et interdépendant est à la merci des flambées épidémiques et de leurs mutations.

    Dans ces conditions, une vision mondiale s’impose : nous devons nous tourner vers les pays qui sont sous-développés – et donc potentiellement désarmés face à une contagion rapide – et les aider à moderniser leurs infrastructures sanitaires. La santé de tous dépend de celle de chacun. Malgré les risques, nous devons également continuer de financer l’innovation dans les biotechnologies et les technologies médicales. Grâce à elle, les vaccins contre le COVID-19 ont pu être créés dans des délais records. L’innovation sera déterminante pour nous permettre d’enrayer les futures épidémies.

    Le principal danger serait de considérer la pandémie actuelle comme un cas isolé et de retourner tranquillement à nos vies d’avant. Nous savons maintenant à quel point nos sociétés et nos systèmes de santé sont vulnérables face à une pandémie – sans parler du coût économique astronomique qu’elle occasionne. Nous devons tirer les enseignements nécessaires, et continuer à développer les outils qui nous protégeront du prochain grand virus.

    Auvo Kaikkonen est chef de la représentation régionale de la Banque européenne d’investissement pour la Chine et la Mongolie.