Les investissements publics n’ont pas remplacé le marché : ils ont aidé la Bulgarie à en construire un.
Ce qu’il faut retenir
Le marché bulgare du capital-risque n’existait pas il y a 15 ans. Aujourd’hui, il façonne l’innovation dans toute l’Europe du sud-est.
Pourquoi c’est important
Des investissements publics de long terme ont contribué à libérer des capitaux privés, à faire émerger des talents et à instaurer la confiance, faisant de la Bulgarie un tremplin pour les jeunes pousses de la « deep tech » et les emplois à forte valeur ajoutée.
Un chiffre qui résume l’histoire
Près de 500 des 1 245 investissements dans des start-up établies dans le sud-est de l’Europe au cours des cinq dernières années ont été mis en œuvre en Bulgarie.
Capital-risque + soutien à long terme
Lorsque le fonds LAUNCHub Ventures, basé à Sofia, a conduit un tour de table de 7 millions d’euros pour une entreprise croate fournisseuse de services de cybersécurité pour des chatbots d’intelligence artificielle, cela a marqué un tournant pour l’innovation « deep tech » sur le marché bulgare du capital-risque. Le soutien de ce fonds, d’un montant de 74 millions d’euros, à SplxAI en 2025 est le chapitre le plus récent d’une histoire qui dure depuis 14 ans et a vu la Bulgarie passer de désert du financement d’amorçage à pôle balkanique du financement d’amorçage et de croissance.
La transformation a commencé par un appel à propositions pour des fonds de capital-risque, lancé par le Fonds européen d’investissement, qui disposait d’une partie des ressources affectées à la Bulgarie au titre de l’initiative Jeremie (Ressources européennes conjointes pour les PME et les microentreprises), un programme soutenu par la Commission européenne et le Groupe Banque européenne d’investissement. Les 21 millions d’euros de ressources provenant du dispositif Jeremie ont été répartis entre LAUNCHub, qui a reçu 9 millions d’euros, et Eleven, qui a obtenu 12 millions d’euros.
Depuis lors, Eleven et LAUNCHub ont tous deux levé de nouveaux fonds de capital-risque, toujours avec le soutien du Fonds européen d’investissement. Le FEI a approuvé un engagement supplémentaire en faveur des derniers fonds de ces deux gestionnaires en septembre 2025. Mais le résultat le plus marquant est de voir Sofia s’imposer désormais comme l’une des capitales du capital-risque de l’Europe du sud-est.
« C’est un fait important pour l’ensemble de la région », déclare Todor Breshkov, associé fondateur de LAUNCHub. « Aujourd’hui, la région est à l’image des plus grands marchés européens, avec des tickets d’investissement pouvant atteindre 5 millions d’euros. »
Ce qui a changé
- Premier financement en capital-risque dans le cadre du dispositif Jeremie
- Des engagements à long terme du FEI auprès des gestionnaires de fonds
- Un écosystème grandissant de fondateurs, de conseillers et d’investisseurs
Quel est le rôle des finances publiques dans le capital-risque ?
Les finances publiques ont joué un rôle de catalyseur sur le marché bulgare du capital-risque. Les premiers soutiens octroyés par le FEI ont permis de corriger une défaillance classique du marché : une abondance de talent entrepreneurial contre une pénurie de capital-risque prêt à être investi à l’échelle locale.
Grâce à des dispositifs tels que Jeremie et InnovFin, soutenus par la Commission européenne et le Groupe BEI, le FEI a contribué à l’établissement de gestionnaires de fonds, attiré des investisseurs privés et relié la Bulgarie au marché européen du capital-risque au sens large.
Pourquoi les finances publiques ont joué un rôle décisif
- Risque élevé à la phase de démarrage dissuadant les investisseurs privés
- Absence d’historique national en matière de capital-risque
- Infrastructures d’appui peu solides
Ce que cela a débloqué
- Des gestionnaires durables de fonds de capital-risque
- Des investissements privés complémentaires
- Une expansion régionale vers des marchés mal desservis
L’avis du spécialiste
Question : Qu’est-ce qui a le plus changé sur le marché bulgare du capital-risque ?
Réponse : Nous sommes très heureux de constater que les efforts, que nous avions engagés il y a de nombreuses années, portent aujourd’hui leurs fruits. Un nombre important de gestionnaires de fonds que nous avons soutenus à leurs débuts ont tenu leurs promesses et sont devenus des acteurs qui s’inscrivent dans la durée.
Principales tendances
- Des fonds de plus grande taille
- Davantage de capitaux privés aux côtés des financements du FEI
- Un passage à l’échelle plus rapide des jeunes pousses régionales
Quels objectifs pour l’avenir
Une intégration plus poussée de l’Europe du sud-est dans l’économie européenne de l’innovation.
Construire un marché du capital-risque en partant de rien
Quand Eleven et LAUNCHub ont répondu à l’appel du Fonds européen d’investissement en 2012, le capital-risque bulgare n’existait pas. Pire encore, les structures qui soutiennent les jeunes pousses – comptables ou juristes spécialisés dans les entreprises en phase de démarrage, espaces de bureaux partagés, réglementation favorable – étaient inexistantes.
Eleven a inscrit son ambition en matière de capital-risque bulgare jusque dans son nom : pour échapper à l’attraction terrestre, un corps doit pouvoir se déplacer à 11 kilomètres par seconde. « C’est la métaphore d’une organisation qui aide les entrepreneurs à surmonter tous les défis du marché local », explique Daniel Tomov, associé fondateur d’Eleven. « Et c’est en train de se matérialiser à présent. »
Les fonds d’Eleven ont investi dans une série de jeunes pousses prospères, dont Payhawk, qui est devenue la première licorne bulgare – une start-up dont la valorisation atteint 1 milliard de dollars – et Dronamics, une entreprise de drones qui a démarré avec 25 000 euros obtenus auprès d’Eleven et a depuis levé 50 millions d’euros de financements.
« Le Fonds européen d’investissement a joué un rôle absolument déterminant dans tout cela », souligne Daniel Tomov. « Avant son intervention, le talent était présent, mais le capital était absent. Il a fourni le chaînon manquant. »
Impact concret
- Création d’emplois à forte valeur ajoutée
- Limitation de la fuite des cerveaux
- Des entreprises qui passent de la région aux marchés mondiaux
Les jeunes pousses bulgares innovent
Le choix de regarder au-delà des frontières bulgares est aussi au cœur du succès de BrightCap Ventures.
Elina Halatcheva, née en Bulgarie, est l’une des deux associées fondatrices de BrightCap. Elle a travaillé dans les secteurs bancaire et du capital-investissement à New York et à Londres et a étudié à l’université de Stanford. Avant de revenir en Bulgarie avec son partenaire à l’occasion de la naissance de leur premier enfant, elle avait observé à quel point « Eleven avait donné le coup d’envoi de l’écosystème ». Son idée était de se connecter à la diaspora bulgare, en faisant entrer dans le bouillonnant système local de capital-risque des entreprises fondées ailleurs.
Au début, il lui semblait que de nombreuses start-up bulgares se contentaient de copier des idées venues de l’étranger. Depuis la création de BrightCap en 2018, la situation a changé. « Nous voyons arriver des entreprises qui font école dans leur catégorie, en développant un produit innovant et sans équivalent », dit-elle, en prenant pour exemple l’investissement de sa société dans LucidLink. Fondée par un Bulgare et un Américain, LucidLink a mis au point une technologie permettant de diffuser en continu des fichiers très volumineux depuis une plateforme de stockage en nuage.
Le Fonds européen d’investissement a soutenu le premier fonds de 25 millions d’euros de BrightCap, à hauteur de 20 millions d’euros, via le dispositif Jeremie.
Preuve de la croissance du marché, le deuxième fonds de BrightCap, clôturé à l’été 2025, atteint 47,5 millions d’euros, dont 30 millions apportés par le Fonds européen d’investissement. Le fonds est axé sur la Bulgarie et la Roumanie, et ses premiers investissements incluent RobosizeME, qui automatise les processus dans le secteur de l’hôtellerie-restauration, et Tow4Tech, dont les logiciels connectent les sociétés de remorquage et les entreprises de transport routier.
« Nous contribuons à créer des emplois en Bulgarie », déclare Elina Halatcheva.
Le vrai du faux sur le capital-risque en Bulgarie
- Mythe : la Bulgarie manque de talents en matière d’innovation.
Réalité : les talents n’ont jamais fait défaut, contrairement aux capitaux. La fuite des cerveaux dont la Bulgarie a souffert pendant de nombreuses années a été enrayée.
- Mythe : le capital-risque ne profite qu’aux start-up.
Réalité : il renforce des écosystèmes entiers, des services juridiques à l’emploi local.
Données clés
Panorama du capital-risque en Bulgarie
Début du soutien du FEI
Investissements dans des jeunes pousses en Bulgarie (sur les 5 dernières années)
Taux de travail indépendant des jeunes
Vaste impact du capital-risque en Bulgarie
Todor Breshkov, de LAUNCHub, estime lui aussi que la croissance du capital-risque a eu un vaste impact sur l’économie bulgare.
« C’est très important, car toutes ces entreprises ont créé de nombreux emplois, généralement bien rémunérés et à forte valeur ajoutée », dit-il. « Cela signifie que les entreprises restent dans le pays, qu’elles utilisent des services et paient non seulement leurs impôts, mais également les salaires locaux. Les effets indirects ont été encore plus importants que prévu. »
L’impact du Fonds européen d’investissement en Bulgarie s’étend également au-delà de l’écosystème du capital-risque. Le FEI a été l’un des soutiens de la première heure et un investisseur de référence dans plusieurs fonds de capital-investissement, tels que BlackPeak Capital et Invenio. Il a récemment approuvé un engagement dans le premier fonds de dette privée du pays, avec Empower Capital.
Fin 2025, le FEI et le ministère bulgare de l’innovation et de la croissance ont signé une prolongation jusqu’en 2035 du mandat pour le dispositif Jeremie dans le pays. Le FEI a qualifié cet accord de « vote de confiance clair en faveur de ce qui est devenu l’un des instruments financiers publics les plus efficaces de Bulgarie ».